J’ai vu couler tant d’eau, sous le pont Mirabeau,
Jeté tant de pavés boulevard Saint Germain
Et pris tant de métros, des quais de Rambuteau,
Que je sais que Paris, n’est plus mon lendemain.
J’ai trainé tant de nuits de Saint Georges à Pigalle
Et vu tant de bobos dans les hauts de Montmartre
Qu’aujourd’hui, cette ville, hier si originale,
N’est plus qu’un bidet blanc, aux parois qui s’entartrent
Tant tous les trous du cul de l’aristocratie
Défigurent les rues, à coups de bel argent,
Faisant de cet endroit, une vraie ineptie.
Et même le Marais, que nous savions si gai
A lui aussi été, passé au détergent,
Par l’élite autochtone, afin de nous narguer.
Quant aux Champs Elysées, il faut être chinois,
Pour y trouver encore un semblant d’intérêt,
L’avenue n’étant plus, qu’un marché à la noix ;
Idem pour Montparnasse, où était la bohème,
Où Sartre et Baudelaire, au jardin des regrets,
Seraient bien écœurés de lire ce poème.
Plus de Nini peau d’chien, pour chanter la Bastille,
Le quartier aujourd’hui, a perdu son histoire,
Ni Bruant, ni Guitry, n’y chantent plus les filles ;
Et impossible aussi d’évoquer la Villette,
Sans penser que son âme, a bien à l’abattoir,
Pris le chemin du diable, en changeant de facette ;
C’est idem pour les Halles, hier encore aux pinacles,
Déversant maintenant, par grands trains, la racaille,
Devenues en vingt ans, l’autre cour des miracles.
Quant à la tour Effel, même les non-voyants,
Voient bien que c’est un leurre, à plumer la volaille,
Où vous n’êtes perçu, qu’en cochon de payant.
Je n’ose plus, non plus, vous parler de Barbés,
Tant ici mon Paris sent si bon le couscous,
Qu’on peut s’imaginer être dans les Aurès.
Pas plus d’ailleurs aussi que place d’Italie,
Où on a transformé, sans que quiconque tousse,
Nos bougnats parisiens, en self-service à Li …
Et que dire des berges, où serpente la Seine,
Chambardées en ersatz des bords de Saint Tropez,
En décors de ciné bien trop mal mis en scène ;
Et sur les passerelles au faubourg Saint Martin,
Intellos et branchés, tentent de se tromper,
En jetant au canal leur ennui du matin.
Paris de l’an deux mille a des airs de Disney,
On n’y retrouve plus ce qui faisait son charme
Et donnait au poète une envie de sonnets.
Elle ne sait, ce jour, que nous tirer des larmes !
août 2013