Elle se nourrit de malheurs,
D’exactions et de dictature
Et ne trouve son vrai bonheur,
Qu’au couperet de la censure.
C’est au plus profond des prisons,
A l’ombre des plus gros barreaux,
Qu’elle a ses plus belles saisons
Et son plus fertile terreau.
Il faut du sang et de la guerre,
Pour que grouillent ses plus beaux vers ;
Et c’est bien aux deuils de naguère,
Qu’elle chante le mieux, l’hiver.
Elle a besoin de feuilles mortes,
De sanglots longs et de violons,
Pour que la grâce la transporte,
Au Parnasse des Apollons.
Ecrire sur l’amour perdu,
Composer de triste épitaphe
Et des ballades de pendus,
Ont fait les plus grands logographes.
Elle est là, au soir des batailles,
Au matin, des exécutions,
En plein milieu de la mitraille,
Au plus laid des révolutions.
Le poète n’est qu’un vautour,
Se délectant de catastrophes,
En ne cherchant aux alentours,
Que des mots pour ses jolies strophes.
Un peu, c’est vrai, comme au journal,
Où n’intéressent les lecteurs,
Que les conflits et les scandales,
Et jamais la couleur des fleurs …
septembre 2013