Mais dis-moi donc papa, comment sera mon monde ?
Y aura-t-il toujours des fleurs et des oranges ?
Et jouera-t-on encore aux comptines et aux rondes,
En écoutant les chants du merle et des mésanges ?
Dis –moi, c’est bien cela, que hier tu m’as vendu,
En disant à maman que ce serait très bien
De croquer dans la pomme, au paradis perdu,
Sans bien voir des devoirs, il y en a combien !
As-tu bien réfléchi au prix de ma venue,
A tes obligations et à mon avenir,
Ne pouvant pas demain, me laisser presque nue,
A payer les erreurs de tous tes souvenirs.
Es –tu prêt à comprendre au jeu de tes promesses,
Que tes petits plaisirs vont peindre aussi les miens,
Que ne suffiront pas, tes câlins ta tendresse,
Pour me faire un futur à l’image du tien,
Que me proposes-tu, pour garder nos forêts,
Pour conserver la terre où pousseront des fleurs,
Pour que l’eau coule encore aux joies des lavarets
Et que l’air ne soit plus que le jardin des pleurs ?
Aurai-je tout tel toi, dans vingt années le choix
De faire des enfants, sans que je les condamne,
Sans qu’ils aient ici-bas, à porter une croix,
En s’essoufflant au puits, dans une vraie vie d’âne
Et serai-je assuré de pouvoir travailler,
D’avoir un bon métier et de m’épanouir ?
Tu vois mon bon papa, sans vouloir pinailler
Et avant de te voir ainsi te réjouir,
Je voudrais ton plaisir, pouvoir le ressentir,
Aussi pour l’avenir !
Juin 2016
Photo : Patrick Wecksteen modèles : Flo et Fab