Ce jour j’aurai trois quarts de siècle,
Je dis bien soixante-quinze ans !
Me voilà, rentré dans le cercle
Des poètes qui en ont tant !
*
Je n’ai c’est vrai, rien vu passer
J’étais encore hier à l’école,
Quand déjà je parle au passé
De cette vie que je survole.
*
C’est tellement court l’existence,
Trois petits pas de ci de là,
Et déjà tu as la sentence
Qui te condamne à l’au-delà.
*
Vois-tu comment on te regarde,
Si tu veux avoir des projets,
On dit partout que tu retardes,
Que ce n’est plus un bon sujet.
*
Tu n’oses même plus écrire
En utilisant le futur,
Car on te dit que tu délires,
Tant t’es au temps de la rature.
*
On guette tes premiers écarts
Et tes petits trous de mémoire,
Pour te mettre vite au rencart,
Si ça devient un peu notoire.
*
On va jusqu’à parler plus fort,
Articulant plus qu’il se doit,
Afin de t’éviter l’effort,
En te croyant au désarroi.
*
Pour ne pas te traiter de vieux,
C’est du senior qu’on te balance,
Comme si j’étais bienheureux
De cette obséquieuse nuance.
*
On me surcharge de papi
Pour ne pas m’appeler pépère
Et de ça je me dis tant pis,
Ça les rassure, je l’espère !
*
J’ai ce jour soixante-quinze ans,
Mais dans ma tête j’en ai trente,
N’est-ce pas toujours séduisant
De savoir qu’encor’ tout me tente !
*
Et qu’il me reste des années,
Pour autrement m’illusionner !
Août 2025