J’ai tellement l’esprit étroit,
Qu’à mes mots je leur mets des chaines ;
Et c’est derrière des parois
Que je rédige mes rengaines.
*
En enfermant ma poésie
Dans des corsets de patronnesse,
J’en distingue bien l’hérésie
Qui m’en fait manquer son ivresse.
*
Me cloitrant dans la prosodie
Je fais marcher mes mots aux pas
Dans un semblant de parodie
D'un défilé qui n’en est pas.
*
Mes poèmes sont tels ces seins
Prisonniers de leur soutien-gorge,
Qui se voulant être des saints
Arrachent l’ivraie pour de l’orge.
*
Poivrant trop à la métaphore,
Sursalant à la catachrèse,
Je ne fais même plus l’effort,
Tant je surjoue à coups de dièses.
*
Noyés au parfum des saveurs,
Mes vers sentent l’artificiel
Dans leur carcan d’enjoliveurs
Loin de faire toucher le ciel.
*
Je voudrais souvent arrêter,
Pour des vers libres ou de la prose,
Mais à tout ça, bien trop shooté,
Il me faut chaque jour, ma dose.
*
Tout ça simplement pour vous dire,
Que ne m’y croyant pas du tout,
Le fait de ne jamais me lire
Et bien moi je m’en contrefous,
*
Donc tant pis si c’est bien moins beau
Qu’Hugo, Verlaine ou ce Rambaud !
Décembre 2024