Ma bouche, à part des mots, ne sait plus te donner
Ce qui encore hier, de mille papillons,
En peuplant tes entrailles, aimaient me pardonner
De soumettre ton corps au jeu des émotions.
*
Et ma langue, elle-même, en déni de revers,
Perd petit à petit, ce qu’elle avait de beau,
En prose t’écrivant, ce que jadis en vers,
Elle te faisait croire à un nouveau Rimbaud.
*
Mes doigts également, aux modes des vers libres
Ont laissé de côté, la mesure et le rythme,
Privant d’inspiration ma fibre de félibre,
Uniformisant tout, aux prix des algorithmes.
*
Quant à ma peau, aussi, de bien trop de poèmes,
Rédigés maintenant à l’horreur inclusive,
a trop perdu l’instinct, de savoir aux je t’aime,
Obéir aux plaisirs des lois superlatives.
*
N’est plus que ma mémoire, aux rêves du passé
Qui se souvient encore à ces belles aurores
Au chatoiement de vert, jamais vraiment assez,
Pour nous pour qui l’amour se le vivait pléthore.
*
Est-ce l’âge ou l’usure, ou un peu tous les deux
Qui font que le présent n’est jamais comme hier,
Ou est ce la langueur, sonnant comme un aveu
Qui essore l’envie aux mains des lavandières ?
*
Quand juste un peu d’idées relanceraient les dés,
En remettant l’envie, au centre de nos vies…
Mars 2024