J’aimerais bien savoir écrire,
Comme le font tous ces poètes,
Qui savent si bien retranscrire,
Toutes les thèses de leur tête !
*
Voir la terre comme une orange,
Trouver des rives de silence,
Être carré dans des losanges,
A mettre du flou dans mes stances !
*
Mais voilà moi je ne sais pas
Choucrouter en allégories,
J’ai besoin de mettre mes pas
Dans des traces sans aporie.
*
Mes mots se veulent transparents,
Sans qu’il ne faille sous le tain,
Découvrir un sens affleurant,
Dans quelque trope trop lointain !
*
Je rédige tels ces trouvères,
Qui jadis racontaient la vie,
En vous la chantant tout en vers,
A la façon des alévis.
*
Je dis si c’est blanc ou bien noir,
Expliquant même quand c’est gris,
Pourquoi ainsi il faut le voir,
Sans pour cela en être aigri.
*
Et même dans mes périphrases,
Je reste au sens du dictionnaire,
Ne voulant pas de trop d’emphase,
Vous faire du subliminaire.
*
Mes lais ne sont pas ces nuages
Qui aux fleurs vous feraient rêver
En vous emmenant en voyage
Pour de chatteries vous gaver.
*
Je ne serai jamais poète,
A chanter le chant des oiseaux,
Ou à la lyre, d’épithètes,
Surcharger la couleur de l’eau,
*
Mais de la rime et la mesure
Aimant leur musicalité,
J’en apprécie bien la levure
Qui fait monter la liberté.
*
Car c’est bien par la prosodie
Qu’on bouscule les interdits !
Juin 2020
Photo : Patrick Wecksteen, modèle Victoria