Autant je sais trouver les mots pour presque tout,
pour parler du soleil, des montagnes et des champs,
pour fustiger les hommes et braver Manitou,
autant j'ai bien du mal avec mon propre chant.
*
Dès qu'il me faut, à toi, te dire que je t'aime,
même mon dictionnaire a tellement de blancs,
que ne disent plus rien , les vers de mes poèmes
et que même leur sens et tout en faux-semblant.
*
Mettre un vers devant l'autre à te parler d'amour,
me paralyse tant que ma plume s'afolle ,
perdant ses déliès et même son humour.
*
Je me demande même, à voir cette pudeur
me priver de moyens comme jadis les colles
si tu n'es pas la glace où je vois ma candeur.
*
Et quand il me faudrait de tous ces sentiments
que j'ai toujours pour toi en planter plein ton sol,
je suis tel ces précheurs qui n'ont plus d'argument,
*
et qui restent là coi, sans trop savoir pourquoi !
décembre 2018